Un soir où j'étais en panne d'écritures, je sortais dans mon jardin pour prendre un bol d'air et de nature. Fidèle à mes défauts d'inspirations, ma grenouille qui sentait l'orage venir, me sifflait sans prendre la moindre respiration...
Elle me regardait... Moi, je n'étais pas disposé pour une nouvelle conversation...je voyais poindre une de mes nuits blanches sans sensations, et pour mon nouveau conte, aucune proses qui feraient effusions...
Ma coquine, qui voyait en cela mon manque de bonne humeur, stoppa ses chants avec un grand bonheur pour me souffler l'histoire de cui-cui colibri et de son Merlin chapardeur...
Je m'empresse de vous l'écrire avant que le matin n'arrive...
Cui-cui colibri est un noble danseur, il virevolte sans un bruit pour collecter le délicieux nectar des fleurs. Toujours pressé de déguster, il cherche toute la journée un peu de jus sucré pour s'en délecter...
Cui-cui colibri a la langue bien tendue pour lécher dans les corolles quelques autres bestioles...
Il vivait niché dans l'ombre de son bougainvillier, et jamais il ne volait dans les plumes de ses voisins les merles, dans leur frangipanier...
Le merle*, lui, est un voleur, tous ce qui est à vous sera à lui tout à l'heure, voler pour voler n'est pas un crime mais plutôt un labeur. Ce chapardeur est considéré chez nous comme le plus grand des rats d'hôtels. Il subtilise dans les assiettes, nos dos tournés, des montagnes de mets sucrés par ses galipettes... Et si par malheur vous l'en empêchez, il vous hurle encore que c'est là un vrai pêché, de tant gaspiller...
Nos touristes connaissent bien cet Arsène Lupin des repas, car au déjeuner comme au dîner, il leur dérobe aussi nos bons Accra...
Mais revenons à nos oisillons. Il y avait parmi la bande de ces charognards, un merle qui s'appelait Merlin, lui était vraiment au sommet de son art ce coquin. Il visait certains jours en cachette, cui-cui le colibri qui s'activait pour faire un nid à la sauvette...
Il observait la navette de cet oiseau-mouche qui manifestement, changeait sa couche. Un peu volage dans ses nombreux voyages, cui-cui colibri construisait bien un nouveau couchage.
Merlin le chapardeur connaissait sa leçon par cœur : quand un colibri collecte des brindilles, dans le mois les voleurs frétillent... Et comme par dessus tout il raffolait de ses œufs, il espérait de son voisin un événement heureux...
En effet, cui-cui colibri accueillait dans sa construction une demoiselle pour y faire chantier et deux ou trois oisillons...
Arriva le jour conçu ou cui-cui colibri pouvait conter trois œufs dans son lit de coton, et comme il était pris d'une innée mission, décréta que personne ne s'approcherait de sa tendre moisson...
Merlin, qui était bon guetteur Extrait de 'Carnet de contes' aux éditions Baudelaire (Sortie en juillet 2009)
TEXTE ÉCRIT PAR JEAN-MARC WOLLSCHEID (Tous droits réservés)
*Colibri huppé : dans les jardins de Martinique, quand arrive la période de floraison de certaines espèces végétales, c'est par dizaines que l'on peut voir les colibris ou " oiseaux- mouches " voleter de fleur en fleur, plongeant leur bec dans les corolles pour en sucer le nectar et y attraper aussi des insectes.
*Le merle ou grand quiscale et aussi quiscale des marais : ce grand chapardeur est partout présent en Martinique, vous le verrez dès votre premier matin sous nos cieux, piquer dans vos œufs brouillés en voleur bien heureux...
*Miel local : l'apiculture est bien présente en Martinique, les ruches sont installées dans la campagne et fournissent un excellent miel de pays que l'on trouve sur nos marchés.
samedi 24 janvier 2009
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