mercredi 3 décembre 2008

Mon chat, mon mabouya et gorge rouge...

Je réfléchis quoi écrire...

Mon chat est gris, il est lourd par son bon appétit. Il habite le lieu de mon histoire et ne sors que rarement la nuit... C'est un chat de compagnie qui n'a jamais vu une seule souris. Sa gamelle est bien trop remplie. Il miaule à peine pour moins se fatiguer. Il vit chez moi sans chasser, rarement levé...

Mon *mabouya est un lézard magicien, il est malin et à toujours faim. Il habite le mur au dessus du chat qui lui ne le voit pas. C'est un lézard translucide qui est toujours lucide. Il ne sort que la nuit de sous notre toit pour faire de petits cris. Il mange les lucioles et pleins d'autres bestioles.

Mon *gorge rouge est un coquin, il est frondeur et n'a peur de rien. Il habite dans un nid, et pour une fois, il va en sortir la nuit. C'est un oiseau de notre paradis. Il n'aime pas mon chat et mangerai bien du mabouya.

Nos trois compères se côtoient et se toisent, mais aucun chez moi, ne se cherche des noises.

Enfin j'arrive à écrire...

Mon chat s'étire comme à son habitude quand je le dérange, mon appel le soumet à des rituels étranges. Il feint de ne pas m'entendre, et de ses quatre pattes en mollesses, se déplace loin de mon envie de caresses... Une fois de plus cette nuit, je suis victime de mon chat qui semble ne m'apprécier que pour ses réveils d'appétits.

Mon mabouya se cache dans la toiture, je lui fait peur malgré ses envies de nourriture. Il n'aime pas que je travaille tard, à cause de moi Extrait de 'Carnet de contes' aux éditions Baudelaire (Sortie en juillet 2009)
TEXTE DE JEAN-MARC WOLLSCHEID (Tous droits réservés)

*Le mabouya : L'hémidactyle mabouia (Hemidactylus mabouia) est un lézard domestique qui mesure jusqu'à 15 cm. Il vit essentiellement dans les maisons et sort au crépuscule pour chasser les insectes attirés par les lampes. Les mâles se battent fréquemment entre eux pour défendre leur territoires et pendant la saison des amours. Il poussent alors des petits cris. Trois à quatre semaines plus tard, la femelle pond deux ou trois œufs placés dans les recoins de la maison. Visitez le lien dans la rubrique MES SITE PRÉFÉRÉS : voyages au pays des fleurs...

Le voyage de Krabalo...

Sur nôtre île, entre les rivières et les mers, une population d'animaux entassés se terrent... ils sont bien plus nombreux que les humains dans leurs habitations de verres...

Mais, ils ne se contentent pas d'être une espèce unique en faisant des empilages, ils alignent au moins sept familles (Parmi des milliers), très connues chez nous dans leurs jeux d'encartages...

Acte 1 : La situation...

Krabalo est un digne descendant des *crabes de terre, il a fière allure sous sa carapace aux formes en chimères, et adore par dessus tout sa vie de solitaire. Le jour, il attend dans son terrier des nuits meilleures, et quand vient le soir avec sa légère fraîcheur, il marche en crabe vers des repas remplis de bonheurs...

Il ne connaît pas son cousin le *crabe violoniste, lui, joue du coupe-ongle aussi bien que nos artistes. Il orchestre sa vie sur terre pour toujours avoir près de lui un bras de mer, et pince en toutes occasions, les pieds qui se posent dans son univers en deux dimensions...

Acte 2 : La réflexion...

Krabalo voudrait bien voir la mer... mais il ne sort que la nuit pour changer d'air. Il reste casanier connaissant trop bien les musiques de nos gamelles, il sait en effet, que dès le son des cloches nouvelles, il finit piégé comme un poisson d'avril accommodé en *matoutou rituel...

il ne sait pas que j'écris ce conte sous un soleil fou, et que le crabe touloulou suit mes tongs comme un vrai toutou. C'est le crustacé des touristes en nage, il vit partiellement de nos déchets sur les plages... Il court dès que vous avez le dos tourné sur votre serviette, et décortique votre pique-nique ainsi que toutes vos emplettes...

Acte 3 : La détermination...

Dans sa mangrove, Krabalo connaissait tout et avait tout visité, mais il commençait à perdre son appétit de toujours ensabler les mêmes soupés... Son trou était vaste et souvent reconstruit, mais sa chambre était grise et sentait la vase dans tout l'abri... L'eau de ses alentours n'était plus assez iodée dans son puits. De plus, son espace était réduit par ses voisins, ils en pinçaient pour son cellier rempli de biens...

Personne ne lui avait parlé du cirique de mer, qui, sur les jetées de pierres, guette l'arrivée des plagistes pour leur rayer le derrière. Ce coquin, rouge de culot, prétend qu'il voit toute la journée, cent lunes claires dans des maillots déchirés...

Acte 4 : La décision...

Krabalo était sûr du bilan de sa vie sans louanges. Il décida de faire un baluchon et prendre sur l'ennui sa revanche. Il quitta son lit devant un par terre de crabes minés par son courage, puis fila sur la tranche pour voir la mer et nos rivages...

Comme il eut le goût naguère de bien visiter sa lisière, il avait rencontré au détour d'une sablière le *cirique des rivières. Celui la se nourrit dans le lit des eaux, et de tout se qu'il en charrie sous le manteau... Il vit donc avec l'eau courante sans besoin de plombier, et se tient prêt à dessouder votre doigt à trop espérer le scier...

Acte 5 : Les illusions...

Krabalo entreprit par la route de gagner des sols moins austères et si possible, près de la mer... La mer...si grande et si abondante selon les accostages. Les plages...si vastes, et si ombragées, rien n'égale une rangée de cocotiers après un bronzage bien unifié... Vraiment, pensait-il, une autre destinée est promise à mes pinces, je vais enfin pouvoir vivre comme un vrai prince...et mieux encore...jouer des vagues et leurs rebours, tel un joyeux crabe tambour...

A ne fréquenter que des arbres exotiques, Krabalo ne savait décidément rien de sa branche généalogique... Le *crabe mantou en est pourtant issu, lui qui est aussi gros qu'un *manicou joufflu... Ce crustacé a une autre particularité tout dessus et tout dessous, celle d'avoir les poils du gros rat d'égout... Mais attention, il est aussi un vrai pince sans rire, qui attrape vos phalanges et les découpent sans coup férir...

Acte 6 : La tentation...

Aux détours de routes hasardeuses, Krabalo de ses pattes frileuses, frôle mille dangers par des danses sinueuses. Mais, fort asséché par le soleil enragé, lui apparaît enfin la mer promise avec des plages blanches et des châteaux pour bien y régner.

Le très connu Bernard l'ermite s'enfuit de toutes ses pattes devant Krabalo et son sillage, tant sur la plage, il promène son coquillage sans jamais voir un tel outillage. Ce petit voleur de coquilles fait le plaisir des enfants, il finit souvent hors de sa nature, taquiné par ces petits sots marchant souvent rouges de brûlures...

Acte 7 : La confirmation...

Krabalo avance et s'enfonce dans les chemins qui mènent au rivage, se délecte de l'alizé marin et du sel volage, puis, regardant ailleurs par sa particularité, court droit sur le coté pour plonger dans les vagues à peine animées...

Quel bon bain après un si long voyage, quel douceur cette mer aussi tiède qu'un potage...et la douceur des vaguelettes qui portent mes nages. Mon dieu pensait-il... Pourquoi suis-je né avec des pinces, mon seigneur ? Dans cette eau de plaisirs et de saveurs, je voudrais " brasser de l'air " telle une nuée de maîtres nageurs...

Sa sortie de bain fût tout comme lui écarlate. Krabalo allait de ballades sur la pointe des pattes, à des balais zigzaguant suivis de doux entractes. Décidément, son nouveau port d'amarrage lui laissait oublier qu'il n'avait ici aucun ancrage...

Acte 8 : La désillusion...

Krabalo s'empresse de stopper sa kermesse, puis trouve dans la nuit sans détresse, un coin pour se fabriquer des monticules de noblesse. Toute la soirée, il construit ses oubliettes en oubliant le stress, et au petit matin, ses deux pinces sont fourbues certes, mais à l'entrée de sa forteresse.

Il est satisfait Krabalo, admirant Extrait de 'Carnet de contes' aux éditions Baudelaire (Sortie en juillet 2009)

TEXTE ÉCRIT PAR JEAN-MARC WOLLSCHEID (Tous droits réservés)

Proverbe créole,
Tout krab ka mò an marinad :
Tous les crabes finissent dans les marinades


*Le crabe de terre : (Cardisoma guanhumi) sort surtout la nuit et, est donc difficilement visible mais peut se repérer grâce au monticule de vase à proximité de son terrier. Très recherché pour sa chair, il fait l'objet d'un piégeage très important, surtout en période pascale, pour finir accommodé en Matoutou.
*Le crabe violoniste : Sur le sol de l'étang sec des mangroves, de nombreux petits crabes aux pinces inégales se replient en rang serré dans leurs trous au fur et à mesure que l'on avance. Ce sont les crabes "Cé ma faute" ou crabes violonistes (Uca rapax) . Le mâle possède des pinces inégales qui secoue devant lui donnant l'impression de battre sa coulpe ou de jouer du violon, comme on préférera.
*le crabe touloulou : (Geocarcinus sp.) est un petit crabe remarquable par sa couleur d'un rouge éclatant. Il vit à proximité des plages dans les zones boisées.
*Le cirique de mer : ou Zagaia (Grapsus sp.) est visible sur les rochers. IL présente la particularité de muer à l'air libre.
*Le cirique des rivières : il vit aux bords des courts d'eau et se nourrit des aliments charriés par l'eau. Il est de couleur jaune.
*Le crabe mantou : une autre espèce de crabe visible dans les mangroves, les gros et velus Mantous, (Ucides cordatus)
*Le matoutou de crabes : est un plat original des Antilles que l'on déguste
traditionnellement à Pâques.
*Le manicou : c'est un petit marsupial de la famille des opossums (marsupial de l'ordre des Didelphimorphia et de la famille de des Didelphidae. (Il appartient à la famille des Didelphis marsupialis pour les connaisseurs).